La Colère d’Alexandra Dezzi

La Colère d'Alexandra Dezzi

Nous la connaissions sous le nom de Kincy en tant que moitié du duo rap Orties aux côtés de sa sœur Antha, elle publia un premier roman remarqué Silence, Radieux en 2018 aux Éditions Léo Scheer. Nous retrouvons Alexandra Dezzi en 2020 avec un second roman coup de poing, La Colère publié aux Éditions Stock et dans lequel émerge une rage salvatrice envers le viol qu’elle a subi et qu’elle avait enfoui dans sa mémoire quelques années plus tôt avant que ne surgisse ce qui devait enfin sortir et être dit.

La Colère d’Alexandra Dezzi c’est d’abord cette photo prise par Jean-Baptiste Mondino et qui figure sur la couverture du livre avec ce sang qui s’écoule sur le visage de l’autrice sans que l’on ne sache s’il fait suite à un accident consécutif à un cours de boxe ou à quelque chose de plus grave. Dans ce roman, écrit à la deuxième personne, pas tant parce qu’il s’adresserait directement au lecteur mais parce qu’Alexandra Dezzi semble communiquer avec elle-même, avec son double nommé « elle » ou « la fille » comme une réminiscence de sa jeunesse volée. Volée par un rappeur, nommé -1, qui la viola dans une chambre d’hôtel alors qu’elle était âgée de 19 ans. Elle pensait avant cela que les textes de certains rappeurs n’étaient que de l’esbroufe. Elle a changé d’avis depuis. Et l’on sait désormais depuis l’affaire Moha La Squale que ce ne sont pas que des mots. Qu’ils ont des conséquences et peuvent conduire au pire. 

Cet événement mis du temps à revenir à la mémoire d’Alexandra. Elle continuait une vie qui lui semblait vide, sa carrière musicale derrière elle, entre ses cours de boxe, où elle rencontra l’homme qui occupait ses nuits, nommé 1 comme tous les personnages du roman qui n’ont pas vraiment de noms comme pour les mettre à distance, ses trajets en RER, un moyen de transport qui est presque un personnage à part entière du roman, et ses rendez-vous chez le psychanalyste qui lui permit de se délivrer et de sortir ce qu’elle avait en elle. Cette saine colère.

Mais La Colère d’Alexandra Dezzi est aussi un magnifique récit littéraire, il y a de la musicalité dans le texte, de la poésie dans cette œuvre comme c’était le cas dans les paroles d’Orties. Cette colère est aussi une révolte contre l’injustice, contre celui qui renverse la charge de la culpabilité en estimant qu’elle aurait été naïve de suivre ce rappeur cette nuit-là. Elle aura dû se battre contre cette forme de sidération qui l’empêcha de résister aux avances d’un pseudo photographe qui abusa d’elle. Toute cette colère ne pu ressortir que par le biais d’une crise violente que l’on devine psychosomatique.

Tout ce travail de renaissance lui permit enfin de sortir de ce qu’elle appelait « La Sphère » dans laquelle elle était enfermée et qui lui pesait tant. De se sentir à nouveau vivante, sensation qu’elle recherchait par la pratique de la boxe, comme un retour à un instinct primal, mais pour finalement, par une soudaine révolte, reprendre sa place dans le monde, dans « un présent réussi » plutôt que dans « un passé inexact ». Et de triompher ainsi du mal et de l’adversité de notre monde implacable.

Texte par Nabil Khaled.

©Tous droits réservés. 

Alexandra Dezzi, La Colère, Éditions Stock, 224 pages, 18,50 € ; Silence, Radieux, Éditions Léo Scheer, 250 pages, 18 €.  

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